Malgré la grave crise du logement, le budget Girard ne prévoit aucun nouvel investissement pour la réalisation de logements sociaux
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Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)26 mars, 2025, 06:15 ET
QUÉBEC, le 26 mars 2025 /CNW/ - Le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) est amèrement déçu que, malgré la crise du logement vécue durement par les locataires, en particulier ceux à faibles et modestes revenus, le 7ème budget Girard ne prévoit aucun nouvel investissement pour la réalisation de logements sociaux. Sa porte-parole déplore avec véhémence les choix politiques et fiscaux du gouvernement Legault, alors que le contexte économique incertain offrait une occasion supplémentaire à saisir pour traiter le nécessaire chantier de logement sociaux et communautaires comme un chantier d'infrastructures publiques. « Le budget table sur la création de richesse alors que l'absence de mesures structurantes pour aider les locataires à faire face aux graves conséquences de l'inabordabilité croissante du logement, appauvrira encore un trop grand nombre de personnes. On y retrouve que quelques mesurettes loin de répondre aux besoins criants » a réagit Véronique Laflamme.
Le FRAPRU avait demandé au ministère des Finances dans ses représentations pré budgétaires d'offrir enfin la prévisibilité indispensable à la planification à long terme du logement social dans l'objectif d'augmenter significativement la maigre part qu'il occupe sur le parc locatif. Selon le regroupement, la construction d'un nombre significatif de logements sociaux sous différentes formes (HLM, OSBL et de coopératives d'habitation) est plus que jamais essentielle pour limiter l'effet inflationniste des logements privés neufs qui se construiront dans les prochaines années. D'autant plus que la récente Stratégie gouvernementale en habitation vise la construction de 560 000 logements locatifs en 10 ans. Selon le FRAPRU, le budget 2025-2026 aurait dû permettre de doter la Stratégie gouvernementale d'objectifs chiffrés de logements sociaux à construire sur plusieurs années et prévoir les investissements nécessaires à cette fin.
Le seul objectif énoncé dans le Plan budgétaire 2025-2026 demeure le même depuis la dernière campagne électorale, note le FRAPRU, soit de réaliser autour de 23 000 logements d'ici 2029. Non seulement ces logements ne sont pas tous sans but lucratif rappelle le FRAPRU, mais près de la moitié avaient déjà été budgétés à l'arrivée de la CAQ au pouvoir. Même les 8000 unités annoncées dans la mise à jour économique de novembre 2023 sont toutes réservées et il n'y a eu aucun appel de projet du Programme d'habitation abordable Québec (PHAQ) depuis plus de 18 mois, alors que l'attribution de fonds publics par décret gouvernemental s'est généralisée. « L'insuffisance et le manque de prévisibilité du financement du logement social ralentit le développement de nouveaux projets et maintient un climat d'incertitude contreproductif » insiste la porte-parole du FRAPRU qui craint que cela ne coupe les ailes des municipalités qui doivent elles aussi se doter d'objectifs chiffrés sur plusieurs années pour planifier le développement sur leur territoire.
Même si le ministre des Finances semble miser sur le fait que « les déséquilibres s'estompent graduellement sur le marché locatif », le FRAPRU rappelle que celui-ci demeure très tendu avec un bas taux d'inoccupation à 1,9% à l'échelle provinciale, mais surtout que la construction de logements neufs sur le marché privé s'est accompagnée d'une hausse exponentielle des loyers. Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement caquiste en 2018, le loyer moyen au Québec a augmenté de près de 50 %. Selon Véronique Laflamme, « l'insuffisance de l'offre de logements sociaux qui ne constituent à peine que 11 % du parc locatif, combinée à une hausse folle des loyers, n'est plus tenable pour trop de locataires qui cherchent désespérément des alternatives aux logements trop chers sur le marché privé. La situation les précarise, les conduits à l'endettement, et pousse certain•es à la rue ».
Quelques mesures bien reçues quoiqu'insuffisantes
Le FRAPRU apprécie les investissements additionnels de 228 millions $ pour la rénovation et l'exploitation des habitations à loyer modique (HLM). « Si on veut augmenter la part occupée par le logement social sur le parc locatif, il faut se donner les moyens de préserver ceux que nous avons déjà », souligne Véronique Laflamme. Cependant, selon elle, les rénovations à venir serait une occasion de densifier certains sites en ajoutant des logements comme le demande aussi la Fédération des locataires de HLM du Québec. Or, le budget n'en donne pas les moyens en ne finançant pas la réalisation de nouveaux logements.
En dehors de ces sommes, le budget finance 1000 suppléments au loyer supplémentaire qui aident les locataires à faibles revenus à payer un loyer correspondant à leur capacité de payer. Même si le budget ne le garantit pas, ces unités pourraient servir dans des projets de logements sociaux actuellement en développement. Dans la configuration actuelle des programmes, ces subventions sont essentielles dans les projets de logements sociaux en développement afin de permettre aux locataires à faibles revenus d'y avoir une place et devraient leur être réservées, rappelle le FRAPRU qui souligne que leur nombre risque d'être largement insuffisant.
Le budget Girard prévoit 42,6 millions $ sur 5 ans pour « permettre au Ministère de la Santé et des Services sociaux d'assurer l'accompagnement des personnes vulnérables », sans préciser que ces investissements iront dans le soutien communautaire en logement social et communautaire. Les principaux regroupements du milieu de l'itinérance et de l'habitation sociale et communautaires y demandent pourtant des investissements annuels de 50 millions $.
Le FRAPRU se réjouit du financement de 38 millions $ en 2025-2026 du programme d'adaptation à domicile (PAD), visant à permettre aux propriétaires de rendre leur logement accessible et adapté aux besoins des personnes en situation d'handicap, actuellement suspendu par manque de fonds.
Quant au financement pour l'aide d'urgence autour du 1er juillet, le FRAPRU note que la somme prévue cette année représente seulement la moitié de celle prévue l'an dernier. Il constate que déjà, malgré le financement par Québec de services d'aide à la recherche de logement à l'année, de très nombreux locataires se font référer directement dans des ressources en itinérance déjà débordées. Plus souvent qu'autrement, ils ne se font déjà pas offrir d'aide concrète comme de l'hébergement temporaire ou de l'aide à l'entreposage. « Tous les jours, nos groupes membres assistent en direct à la création de situations d'itinérance. On perd carrément des gens qu'on ne reverra plus et qui vont s'ajouter à ces personnes nouvellement en situation d'itinérance au prochain dénombrement de l'itinérance visible », dénonce Véronique Laflamme. Ironiquement, le budget ne prévoit pas d'investissements supplémentaires ni dans la lutte à la pauvreté, ni dans la lutte à l'itinérance ni dans les logements sociaux nécessaires pour en sortir.
Québec devra prendre ses responsabilités en matière de droit au logement
Dans les circonstances, le FRAPRU est extrêmement inquiet et prédit que la situation des locataires va continuer à se dégrader rapidement. Il promet de se mobiliser dans les prochaines semaines pour forcer Québec à prendre ses responsabilités à l'égard du droit au logement. Il espère également obtenir des engagements ambitieux des partis en lice pour former le prochain gouvernement fédéral, ce qui pourrait, il l'espère contribuer à changer la donne.
SOURCE Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)

Informations et demandes d'entrevues: Véronique Laflamme, FRAPRU : 418 956-3403 (cell.), www.frapru.qc.ca
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